Slovaquie...Tout semble bien partie, pour les trois jeunes, dès leur arrivée. Je n'en dirais pas plus, je ne suis pas là pour décrire cette première partie qui contient finalement toute la thèse d'Eli Roth, et non pas un aspect beauf (quoi que) et gratuit, décrit dans les multiples avis sur le film. Car finalement, Hostel plonge peu à peu dans une ambiance angoissante. On commence par découvrir un personnage que l'on redoute, ce grand bonhomme intelligent qui fait un geste de trop envers Josh, puis des filles qui paraissent trop aimables. Et pourtant, nos trois protagonistes sont fascinés par cette décadence totale. C'est bien le thème d'"Hostel" et le but du film: prouver que finalement, la torture est tout aussi répréhensible que la drogue, l'alcool au volant ou l'abus sexuel. Les personnages sont fascinés par les filles et le sexe, et deviennent totalement abrutis devant cette fascination de la chair humaine. Mais d'un autre côte, ils deviennent identiques à ceux qui torturent : ils payent leur plaisir, savoure la chair et l'instant, sauf que dans cet hôtel macabre, ils tuent. Ce sont les multiples bourreaux du film qui montreront comment drogue, sexe et autres actes débiles sont tout aussi graves que le meurtre. Eli Roth parvient à nous faire croire que notre monde suit une folie générale. On est horrifié par quelque chose de pas banale, d'horrible, mais en même temps, nous sommes habitués aux autres choses qui sont rentrés dans ce quotidien. Les bourreaux sont aussi des drogués, comme le dit Takashi Miike: on dépense tout notre argent dans un établissement comme celui-ci, car c'est ça qu'ils recherchent.
Le piège envers les trois personnages se referme peu à peu. On devine que finalement, personne n'est innocent, et on en apprend de plus en plus sur l'établissement en question lors de la capture de Paxton : les tarifs, les méthodes à suivre pour pouvoir prendre son plaisir, ce que deviennent par la suite les cadavres. C'est un commerce comme un autre qui nous est décrit, et il devient de plus en plus horrible quand on découvre la part d'humanité des bourreaux. L'homme d'affaires voulait justement savoir comment devenir chirurgien, ce qu'on lui avait interdit de faire, ou encore celui qui parle directement à Paxton pour savoir l'effet que cela fait, de tuer. Au niveau des tortures, Eli Roth pousse effectivement assez loin le bouchon, sans non plus nous faire fermer les yeux, car on s'attend véritablement à cela dans le film. Alors qu'Oli disparaît sans que l'on s'en doute, le piège se referme encore sur Josh qui lui fait face à cet homme d'affaire rencontré à plusieurs reprises, puis c'est au tour de Paxton de découvrir ce qui se cache derrière les 2 filles faciles et le copain qui les a amené ici. C'est avec sa séquence de torture que le film tombe dans un humour noir décisif, dont on sent l'influence de Tarantino (les dialogues de la partie "sexe" sont d'ailleurs très tarantinesques). Eli Roth nous offre des séquences à mourir de rires pour les amateurs d'hémoglobines, sans tomber dans un ridicule assumé (merci KNB): un coup de tronçonneuse qui découpe la moitié de la main du héros, le bourreau qui glisse et se fait trancher la jambe par sa propre arme, ou encore Paxton qui récupère ses doigts à plusieurs reprises, tandis qu'il se cache sous une poignée de corps étonnant. Pendant les 20 minutes finales, on assiste à un spectacle grandiose, à la hauteur des espérances : Paxton redouble d'intelligence et doit faire face à de multiples péripéties (il se retrouve face à face avec un autre bourreau), comme couper l'oeil d'une pauvre victime (avec un jet de sang jaunâtre et gluant), demander aux petits slovaques de passer à tabac les gardes de l'hôtel (séquence excellente), ou écraser celles qui sont à l'origine de tout ça. Ironie du sort, c'est avec elles que Paxton croyait pouvoir finir ses jours. L'ironie est d'ailleurs la marque principale du film, et Eli Roth traite de la même façon les victimes : vomis, évanouissement, tortures sévères (Josh tombe à terre, les tendons coupés) et giclées de sang.
Les deux dernières scènes marquantes du film seront sans doute les plus réussies. La première est un joli effet gore, où la pauvre japonaise avec un oeil en moins se jette sous les roues d'un train (le sang gicle sur tout les passagers de la voie ferrée). Et la deuxième est une séquence finale cruelle pour le héros et pour le spectateur, puisque Paxton reconnaît l'homme d'affaires grâce à une phrase fatidique qu'il répète une nouvelle fois. Ce dernier finira mort dans les toilettes, après s'être fait couper les doigts et trancher la gorge par le héros qui suit une nouvelle fois son instinct primitif plutôt que sa raison. Quand on sort d'Hostel, on n'a pas en tête les défauts du film, mais seulement les qualités. Car aucun défaut ne ressort réellement du métrage. Même s'il devrait être plutôt difficile à regarder plusieurs fois dans le même mois (la première partie, bien que hilarante et très fraîche, serait moins efficace), le film se révèle riche techniquement. Les clins d'oeils se multiplient d'ailleurs maintes et maintes fois, toujours dans un souci de rendre hommage aux dieux du genre : l'apparition d'Eli Roth dans un bar à Amsterdam, un extrait de Pulp Fixtion en slovaque, le caméo petit mais hilarant de Takashi Miike, ou encore cette scène dans le noir en hommage à Kill Bill du même Tarantino. Mais le réalisateur impose aussi sa patte, et la réalisation devient plus complexe et moins linéaire que dans Cabin Fever. Jouant beaucoup sur les axes du décor (l'enlèvement de Paxton dans le couloir est magnifiquement riche) ainsi que sur les points de vues des personnages (on ne compte plus les petits plans à la première personne), Eli Roth s'impose comme un cinéaste qui va vite devenir culte s'il continu à se faire rare, distingué, mais terriblement drôle (ses interviews sont toujours excellentes).
Rajoutons à cela une équipe hors pair : Nicotero et Berger (KNB) pour les effets gores saisissants, Nathan Barr à la musique (respect retentissant), des acteurs très crédibles (mention spéciale au jeune producteur de Gerry et Last Day, Jay Hernandez, dans la peau de Paxton) et une photographie subtile mais sublimes à la fois. Bref, Hostel, c'est un film à la fois divertissant, mais aussi réfléchit et très crédible. Il marque un nouveau pas dans l'univers de Roth: la maturité, atteinte sûrement au soutien de Tarantino. Une dernière chose : n'allez jamais en Slovaquie, les gamins sont méchants.
Note : 8/10
Le 13 mars 2006, rédacteur Tib.