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Suite de l'avancée du cinéma de genre en France avec Martyrs de Pascal Laugier, qui s'est tapé une solide réputation depuis son passage choc à Cannes, et, évidemment, son « léger » problème de distribution lié à son interdiction aux moins de 18 ans, qui a fait polémique. Passé cet incident qui a pratiquement rendu le film culte avant même sa sortie, le film a pu donc atterrir dans nos accueillantes salles françaises.
Humble, sincère et passionné, Pascal Laugier semblait avoir toutes les cartes en main pour livrer un électrochoc, LE chef-d'œuvre, celui qui transcenderait les codes de l'horreur pour avoir sa propre identité (comme peut le faire un mec comme Rob Zombie), car, aussi réussi soient-elles, les précédentes bombes de l'horreur à la française (à savoir A L'intérieur et Frontière(s) ) restent des films ultra-référencés qui n'ont aucune autre ambition que de se faire plaisir, et de faire plaisir. Contrairement donc à Bustillo/Maury et Gens, c'est le statut de film d'auteur que vise Laugier. Et malheureusement, cette approche très auteurisante va carrément nuire au film, au point de le décrédibiliser.
Croyez-le ou non, mais votre fidèle serviteur aurait largement préféré écrire que Martyrs était ce chef-d'œuvre, une œuvre glaciale, tétanisante, et émouvante, comme promis. Hélas, difficile d'être convaincu, quand on a affaire à un film qui ressemble d'avantage à un film « d'auteur » (cette fois, le sens est péjoratif) bobo du 16ème qu'à un film de genre sincère livré par un auteur à fleur de peau. Le film témoigne surtout de l'incapacité de Laugier à construire un récit (il n'y a absolument pas d'intrigue), à cadrer un sujet et des thèmes (que veut-il dire ?) et encore moins à mettre le tout en image (du découpage au montage, c'est très hasardeux). En résulte une œuvre froide, très difficile à suivre (autant le dire... on se fait malheureusement sacrément chier...) jamais jouissive, et encore moins émouvante. Il n'y a juste pas la moindre cohérence entre les différentes scènes du films, pas la moindre logique, pas d'objectif. Comme si Laugier était incapable de trouver ce qu'il voulait faire...
C'est malheureux et assez triste, quand on voit les promesses du cinéaste, et sa conviction. Mais au bout d'à peine un petit quart-d'heure, un sentiment d'incompréhension s'est largement fait sentir en moi, et, plus grave, et ceci pour la première fois, l'envie de quitter la salle m'a sévèrement titillé l'esprit. C'est dire si l'expérience fut assez éprouvante...
Seule la scène finale, qu'on ne grillera bien évidemment pas, laisse présager ce qu'aurait pu être Martyrs : une expérience viscérale quasi-métaphysique avec des thèmes forts, qui martyrise littéralement le spectateur et qui allierait forme et fond en une symbiose rare, ce qu'a probablement voulu faire Laugier. Mais à cause de cette approche beaucoup trop coincé (il y a finalement très peu de scènes chocs...) jamais il n'y parvient.
On préférera donc sans peine les approches de A L'intérieur et Frontière(s), qui n'ont jamais cherché à aller au-delà d'une approche humble, à savoir reprendre des styles et des récits codifiés, vu et revu, mais en les transcendant par une sincérité et une énergie propre à leurs investigateurs, avec une profonde générosité et avec un esprit de liberté qui fait plaisir à voir. (Frontière(s) est définitivement l'un des films les plus funs et jouissifs de cette année)
C'est donc avec grand peine qu'on ne soutiendra donc pas Martyrs, si ce n'est pour au moins avoir eu l'audace de tenter des choses... juste l'audace...
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