C'est l'un des grands mystères du cinéma, il y a des genres qui vieillissent et sont par conséquence en constante évolution (au hasard la science-fiction) et d'autres qui ne prennent pas une ride, indémodable quelques soit l'époque et le contexte. Le thriller est de ceux-là. Décliné à toutes les sauces, que ce soient les enquêtes à rebondissements d'Agatha Christie, en passant par les thrillers d'angoisses d'Hitchcock, sans oublier les polars stylisés de Michael Mann, tout ou presque a été fait. Aujourd'hui pour surprendre avec un thriller, il faudra désormais compter sur un style et une personnalité de cinéaste, sous peine de sombrer dans la banalité la plus totale... Alors Mr. Brooks, thriller psychologique poignant qui dévoile la personnalité d'un cinéaste fort, ou simple pétard mouillé classique, sans idées, et donc plutôt vain ?
Avec un léger brin d'hypocrisie, on serait tenter de dire 'entre les deux', mais l'hypocrisie n'étant pas forcément une grande qualité de critique, impossible de cacher la vérité: Mr Brooks est plus proche de la seconde catégorie (soit les pétards mouillés pour ceux qui ne suivent pas) que de la glorieuse (et convoitée) première. Et pourtant sur le papier, tous les éléments ou presque était là pour nous convaincre. Entre l'incoutournable dédoublement de personnalité (qui oppose ici un homme respectacle et aimant à son double dépendant au meurtre, thême interessant donc), la traque entre le perso de Demi Moore et le fameux Mr Brooks, sans oublier Mr. Smith témoin du meurtre prêt à tout pour que Brooks lui apprenne son 'talent' meurtrier. Autant d'éléments forts aguicheurs, mais malheureusment jamais exploités et même souvent gachés. Parce que l'exposition est vraiment trop rapide (une dizaine de minutes, pas plus), on tarde à s'attacher à Brooks. La tension psychologique en prend un sacré coup, d'autant que, plus grave encore, la schizophrénie du perso n'est jamais vraiment traité comme il se doit. La faute non pas à Kevin Costner et William Hurt, tous deux brillants, mais à une mauvaise mise en image du sujet: Alors qu'un thême comme la double personnalité et propice à l'interpretation visuelle, Bruce Evans, opte pour une représentation dénuée d'idée (un acteur par personnalité). Mr. Brooks ne sera donc pas une oeuvre pyschologique tendu comme un slip, à la Fincher. Qu'importe, Evans et son co-scénariste ont plus d'un tour dans leur sac. Le deuxième justement, réside dans le personnage de Demi Moore. Bonne idée, que de confronter (indirectement) un personnage feminin de femme flic forte à la vie compliquée à notre Mr Brooks. Mauvaise idée en revanche de lui coltiner une autre enquête parallèle, dont on n'a fichtrement rien à faire et qui, au lieu d'enrichir l'intrigue, l'allourdie et nous fait perdre le fil de la narration. C'est également avec ce personnage que va se trouver les pires scènes du film, notamment des scènes d'actions et de rebondissements franchement gratuites et grotesques, qui n'ont strictement pas leurs places dans ce film. Exit donc une confrontation subtile à la 'Silence des Agneaux' pourtant cohérente. Troisième et dernière chance de donner une âme à Mr Brooks ? Le personnage de Mr Smith, tour à tour manipulateur puis manipulé, qui sombre peu à peu. Ou plutôt qu'on imagine sombrer, car, comme pour tous les autres éléments, jamais le réal ne va tirer profit de ces excellentes idées scénaristiques, et n'arrive ni à livrer une mise en image digne de ce nom, ni à canaliser ces précieuses idées...
Pour autant, si Mr Brooks est un film bancal et raté, cela n'en fait pas non plus un navet: il reste bien quelques petits tours à sauver, notamment un rythme qui faiblit rarement, des rebondissements gros mais efficaces, quelques scènes poignantes à signaler (principalement grâce aux acteurs tous excellents, Kevin Costner en tête) et surtout une musique absolument epoustouflante (compositeur à suivre !) Heureusement, d'ailleurs, qu'elle est là pour palier au réel manque d'ampleur et de parti pris de la mise en scène. C'est bien peut-être le pire défaut de Mr Brooks, l'abscence de personnalité de son géniteur... Retour à la case départ, Mr Brooks ne révèle pas un talent, et s'inscrit dans la longue ligné des thrillers efficace sans âme, que seule une musique somptueuse et un brillant casting sauve de la banalité (et l'indifférence ?) qui lui pendait au nez...