X-Men 3 a longtemps fait peur, avant d'étonner, puis de refaire peur. Après le départ de Bryan Singer pour diriger Superman Returns, les réalisateurs et scénarios se sont enchaînés avant une volonté de la Fox de sortir le film le plus vite possible, comme toutes les grosses franchises actuelles. Après les mésaventures de la pré production, Brett Ratner est arrivé. Capable du très mauvais (Dragon Rouge, Coup d'éclat) comme du sympathique avant l'agacement total (Rush Hour, Family Man), on redoutait tous la venue du "réalisateur" sur ce projet d'envergure. Pourtant, la première bande-annonce a finalement été une jolie surprise, ainsi que les premières affiches. Tout allait pour le mieux jusqu'à la diffusion des extraits du film, tous mauvais de bout en bout. Puis, le film sort enfin sur nos écrans...
Basé sur un Affrontement Final entre les mutants, l'intrigue principale du film laissait présager le meilleur tant il conclue sur le papier les intentions de Singer exposés dans les premiers volets. Ici, c'est une totale révolution dans le monde: un mutant nommé La Sangsue a enfin été retrouvé par les scientifiques américains. Son sang constitue aujourd'hui un antidote capable d'effacer le gène mutant comme on se soigne une petite grippe. Les mutants sont principalement d'accord: ils ne se sentent pas malades, alors pourquoi parler de guérison ? Sauf qu'encore une fois, Magneto décide d'attaquer de plein front le laboratoire miracle en constituant une armée faites de mutants plus puissants les uns que les autres, tandis que les X-Men se remettent à peine du deuil de Jean Grey. Mais lorsque celle-ci revient avec une autre personnalité et rejoint Magneto, l'affrontement est inévitable entre ceux qui protègent les humains et ceux qui les attaquent.
Face à cela, la qualité principale du film qui saute aux yeux est l'efficacité de la réalisation. Après des films fades de bout en bout de ce côté-là, Ratner expose véritablement son talent de réalisateur avec de très jolis plans, et des séquences d'action aux partis pris intéressants. Dès la séquence d'ouverture partant de la boîte au lettre pour arriver sur Xavier et Eric rajeunis digitalements de quelques dizaines d'années (simplement à l'aide de photos, ce qui rend le maquillage d'Eric particulièrement non réaliste), on sait que Ratner a su imposer une quelconque patte et donc qu'il a décidé de diriger son film à sa manière. Et là vient une question: pourquoi ne pas avoir rajouter 30 minutes de plus à son film ? Etant donné que son talent explose ici à de nombreuses reprises, on se demande pourquoi ils n'ont pas rajouter des séquences explicatives présentant les nouveaux personnages ou les développant encore plus. Au lieu de cela, c'est au spectateur d'imaginer finalement comment aurait pu devenir le film avec des dialogues pertinents et des scènes dotée d'enjeu dramatiques essentiels.
Cependant, cette bonne réalisation est mis au service d'un film soit disant "bourrin", mais il est vrai sacrément efficace et étonnant par moment. L'utilisation des pouvoirs laisse à désirer (Jean ne fout strictement rien lors de la bataille finale, jusqu'à ce qu'on lui demande d'un coup de tout détruire), mais il faut bien avouer que l'action est bien présente. Après deux séquences d'intro, on assiste à une scène qui faisait très peur étant donné que le montage est sacrément ridicule. Heureusement, on comprend mieux pourquoi Logan fume son cigare et fait des blagounettes à tout va: c'est juste un entraînement. Ceux qui avaient pu voir le même extrait sur le net sont rassurés (à la fin, tout le monde applaudissait), et le film peut ainsi commencer sur une note destructrice. Malheureusement, certains effets spéciaux sont parfois totalement ratés et la séquence devient vite risible. C'est le sort réservé à l'attaque du convoi par Magneto, qui lance les voitures comme des pions sur la route, mais qui n'est pas du tout crédibles. Et c'est aussi le même constat pour la séquence du pont: les voitures qui bougent sont immondes alors que le Golden Bridge volant est très bien fait. Cependant, il faut noter une scène sublime de cruauté (avant d'être démentie dans la séquence post générique...) et de "violence" : le combat grandiose dans la maison de Jean Grey. Alors que Xavier et Magneto se batte moralement pour attirer Jean de leur côté, Tornade doit affronter Psylocke qui n'hésite pas à la frapper de plein fouet, tandis que Wolverine fuit Juggernaut, une grosse brute impossible à rendre à l'écran (et pourtant, il est efficace dans le film). Les héros sont ici maltraités à tout va, avant que l'on découvre Charles en train de se décomposer par une Jean Grey possédée. Magneto devient plus humain en voyant le sort réservé à son ennemi éternel, élément que l'on retrouvera dans le magnifique plan final, avant qu'il vire dans le ridicule le plus total (le film ne s'assume finalement jamais, et c'est consternant...).
Forcément, si les personnages sont carrément médiocres et inutiles (Angel, il sert à quoi dans tout le film en faites ?), les acteurs ne peuvent qu'en pâtir. Le constat est donc effrayant: tout les acteurs de second rôle se révèlent très bien joués (mieux que dans les deux premiers même), mais pourtant, on ne peut apprécier leur jeu que dans les quelques scènes où ils prennent de l'importance. On retrouve donc des acteurs confirmés jouant pour le mieux comme à leur habitude, tel Patrick Stewart, Ian McKellen, James Marden (qui commençait enfin à devenir intéressant) Famke Janssen (même si sa palette de jeu se résume à "je fais un regard noir"), Rebecca Romjin (que l'on voit 2 fois maximum) ou même Halle Berry moins potiche qu'elle semblait l'être dans les extraits, mais d'autres étonnent par leur médiocrité. C'est bel et bien le cas de Hugh Jackman, tout simplement INSIPIDE dans le film. A grand coup de répliques lourdingues ("Essaye de faire repousser ça" en pleine baston, ainsi que des vannes habituelles moins subtiles que le "Roulette" du premier volet) et affublé d'une voix dérangeante (je parle bien sûr de sa voix originale), il pousse le personnage de Wolverine dans un niveau ridicule, son personnage n'étant pas du tout développé dans le film, sûrement à cause de la préquelle mise en chantier. Mais le pire reste le sort réservé à la très jolie Ellen Page (Hard Candy), Shawn Ashmore, Aaron Standford (La Colline a des yeux), Anna Paquin ("The Squid and The Whale"), Kellsey Grammer (15 minutes), Vinnie Jones (Snatch), l'extraordinaire Ben Foster (Otage), Daniel Cudmore (Alone in The Dark...) ou Dania Ramirez (She hate me), qui sont inexistants dans le montage final. Leur personnage allant du bad-guy colléreux au petit copain attiré vers une véritable liaison ne sont même pas traités à la val-vite, mais sont tout simplement ignorés. Et c'est carrément "insultant" envers les fans de voir une promesse ignorée de toute part dans cet "Affrontement Final".
Le troisième volet des aventures des X-Men est donc parfois étonnant, mais il est clair que c'est le moins bon des trois volets. Trop prévisible et trop calqué sur un schéma d'une stupidité affolante, le film ne vaut pas sur sa brochette de personnages présents certes, mais pas plus de 5 minutes, mais surtout pour voir comment Brett Ratner a découvert la caméra pour filmer des scènes d'actions aux multiples péripéties et bonnes idées. Reste la plus grosse incohérence du film, qui fera toujours rire les détraqueurs (et moi par la même occasion): la nuit qui tombe d'un coup sur les Etats-Unis. A voir à la limite pour se faire une idée, mais vraiment pas extraordinaire !